
Rabat – 31 août 2026
L’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM) a publié dimanche 30 août 2026 un communiqué dans lequel elle exprime sa vive inquiétude face aux pratiques qui accompagnent la préparation des échéances électorales législatives. Selon l’association, ces pratiques risquent de porter atteinte au droit des femmes à une participation politique libre, indépendante et égale, et de menacer les acquis de la lutte féministe et démocratique pour l’égalité réelle.
L’ADFM estime que certaines pratiques liées à la gestion des candidatures pourraient vider les mécanismes de discrimination positive de leur fonction constitutionnelle et démocratique. Elle met en garde contre la reproduction de l’exclusion au sein même des organisations politiques et contre l’adoption d’une logique de notables « au féminin ».
L’association rappelle qu’elle avait déjà demandé, lors du débat sur la révision du cadre juridique des élections, l’intégration de la criminalisation de la violence politique, la mise en place de mécanismes efficaces de prévention, de signalement et de protection, ainsi que des garanties empêchant l’utilisation du pouvoir de nomination et d’investiture comme moyen d’exclure les femmes, de faire pression sur elles ou de soumettre leur accès aux institutions élues à la logique de l’argent, de l’influence ou des allégeances personnelles.
Les données et déclarations actuelles concernant la gestion des candidatures confirment, selon elle, le bien-fondé de ces mises en garde. Elles appellent à la vigilance, à la vérification, à la reddition de comptes et à l’engagement des responsabilités juridiques et administratives à l’encontre des auteurs de violence et de quiconque porte atteinte à l’intégrité des candidatures ou à l’égalité des chances entre les candidates.
L’ADFM souligne que les échéances électorales devraient constituer une étape d’élargissement de la participation politique des femmes et de consolidation de l’égalité et de la parité, et non une occasion de reproduire la discrimination. Toute pratique faisant de la capacité financière, de l’influence ou de la loyauté personnelle le critère réel d’accès à la candidature, au détriment de la compétence, de l’intégrité et du parcours politique, constitue selon elle un détournement de la fonction démocratique des partis.
Ces pratiques sont particulièrement graves pour les femmes, qui accèdent à la compétition politique dans un contexte de déséquilibres structurels et historiques dans la répartition des ressources, du pouvoir et de l’influence. Exiger d’une femme qu’elle prouve sa capacité à mobiliser de l’argent plutôt que sa compétence politique, ou qu’elle fasse preuve de loyauté plutôt que d’indépendance de décision, ou encore marginaliser les dirigeantes et compétences féminines indépendantes porteuses d’un projet d’égalité, se transforme en une forme de violence politique et de discrimination.
Lorsque ces pratiques touchent les sièges ou les mécanismes destinés à renforcer la représentation des femmes, elles portent atteinte à la philosophie même de la discrimination positive. Ces mécanismes ont été créés comme mesure transitoire de correction d’un déséquilibre historique, et non pour devenir un espace de marchandage ou de redistribution de l’influence.
L’association juge inacceptable que les 90 sièges réservés au renforcement de la représentation des femmes se transforment d’un levier d’autonomisation politique en une ressource soumise à la logique de l’influence, de la capacité financière et des relations clientélistes. Toute exigence de contributions ou de charges financières, directes ou indirectes, liée à l’obtention de l’investiture, pose selon elle une question démocratique grave : le droit à la participation politique est-il devenu conditionné à la capacité de payer ? L’investiture partisane se transforme-t-elle d’une responsabilité politique en un privilège soumis à la logique de l’offre et de la demande ?
L’autonomisation politique réelle des femmes ne se mesure pas au nombre de sièges obtenus ni à l’inscription des noms sur les listes, mais à l’existence de conditions concrètes d’indépendance, de concurrence équitable et d’accès égal aux ressources et à la décision politique. Les femmes élues ne sont pas un chiffre destiné à compléter des indicateurs de représentativité. La parité n’est pas une opération arithmétique, et la discrimination positive n’est pas un privilège accordé par les partis.
L’ADFM considère que le marchandage des investitures et leur lien avec l’argent, l’influence ou la loyauté constituent une atteinte grave aux principes de la démocratie, de l’égalité réelle, de l’égalité des chances et de l’intégrité du processus électoral.
Elle exhorte les partis politiques à assumer leur responsabilité démocratique en instaurant des procédures transparentes, publiques et susceptibles de contrôle pour le choix des candidates et des candidats, fondées sur la compétence, l’intégrité, le parcours politique et l’ancrage dans les questions de société, tout en garantissant une égalité réelle d’accès aux ressources partisanes, financières, organisationnelles et médiatiques.
L’association demande l’ouverture d’enquêtes et une reddition de comptes sérieuse concernant toute déclaration documentée relative à une contrepartie financière directe ou indirecte en échange d’une investiture, ainsi que l’application des conséquences juridiques appropriées. Elle appelle les autorités compétentes chargées de la supervision des opérations électorales à suivre tout ce qui pourrait porter atteinte à l’intégrité des candidatures et de la compétition, et à prendre les mesures prévues par la loi.
Elle réitère sa demande d’un cadre juridique clair reconnaissant et criminalisant la violence politique à l’égard des femmes, ainsi que la mise en place de mécanismes indépendants et efficaces de signalement, de protection et de réparation, notamment pendant les phases de candidature, de campagne électorale et d’exercice des mandats. Elle appelle également à soutenir les dirigeantes et compétences féminines, à les habiliter et à leur garantir l’accès aux postes de décision au sein des partis, sans limiter la présence des femmes aux seuls sièges issus des mécanismes de discrimination positive, et en encourageant les candidatures sur les listes locales.
L’ADFM conclut que l’intégrité des élections commence par l’intégrité des candidatures. On ne peut parler d’élections démocratiques si l’accès à la compétition politique ne garantit pas l’égalité réelle, ou si les ressources financières et l’influence deviennent des instruments de contrôle de l’accès aux institutions élues. La démocratie ne se mesure pas seulement au nombre de femmes qui parviennent au Parlement, aux collectivités et aux institutions élues, mais aussi aux conditions dans lesquelles elles y parviennent, à leur indépendance et à leur capacité d’exercer leurs rôles politiques sans tutelle, chantage ni dépendance.
Toute transformation de la participation politique des femmes en un espace de marchandage financier ou d’échange d’intérêts ne nuit pas seulement aux femmes : elle porte atteinte à l’intégrité du processus démocratique, affaiblit la confiance dans les institutions et les partis, et menace de vider le principe de parité de sa substance constitutionnelle et transformatrice.

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