
En politique marocaine, un parti au pouvoir est rarement abattu comme l’imaginent ses adversaires. Le plus souvent, il s’érode, se recomposé, puis on lui demande de rester utile. Le Rassemblement national des indépendants entre dans le scrutin du 23 septembre 2026 par cette porte inconfortable : il dirige encore le gouvernement, il possède encore la plus vaste machine élective du paysage partisan, mais il n’est plus le parti de la vague. Il est devenu le parti que l’on examine. L’écart entre les deux positions dépasse ce que le seul nombre de sièges laisse croire.
Il y a cinq ans, le 8 septembre 2021, le RNI passait de 37 à 102 sièges, devançait le PAM (87) et l’Istiqlal (81). Aziz Akhannouch formait ensuite un gouvernement avec les deux. C’était un saut rare dans un système conçu pour empêcher l’hégémonie d’un seul parti.
Aujourd’hui, Mohamed Chaouki préside le parti depuis le congrès d’El Jadida du 7 février 2026 ; Akhannouch reste chef du gouvernement et n’a pas brigué un troisième mandat à la tête de la formation. Le dédoublement est volontaire. La façade se renouvelle, le poids ne s’en va pas.
Ce que l’urne tranchera n’est pas la disparition du RNI. C’est sa capacité à convertir encore l’appareil, le bilan et la proximité du pouvoir en une première place politique — ou le constat que cette première place pèse désormais trop lourd à porter.
Un parti sans doctrine : sa force et sa limite
Le RNI n’est pas un parti idéologique qui aurait mal dissimulé son credo. Depuis sa fondation par Ahmed Osman dans les années 1970, il est une machine d’absorption des indépendants, des notables et des milieux d’affaires dans les équilibres officiels. Le libéralisme économique y relève davantage d’un tempérament de gestion que d’une école. Le centre droit y est une étiquette, pas un étendard.
D’où cette faculté de survivre aux crises en changeant de têtes plutôt qu’en refondant le projet : Osman, El Mansouri, Mezouar, Akhannouch, Chaouki. Les visages passent. La fonction demeure : offrir au système une façade électorale large, non islamiste, peu conflictuelle, capable d’agréger les réseaux locaux.
Cette nature explique 2021 mieux que les discours sur « le changement ». Le parti a alors bénéficié de trois conjonctions : la fatigue de dix années de direction du PJD, une loi électorale qui émiette les grands et interdit le retour d’un parti dominant, et la capacité d’Akhannouch à se vendre comme gestionnaire de l’État social et de l’investissement. Il a aussi bénéficié — le parti n’aime plus s’en souvenir — d’une vaste vague de transfuges : parlementaires et notables venus d’ailleurs, y compris du PAM.
En 2021, cela s’appelait « l’ouverture aux compétences ». En août 2026, le même phénomène devient « une atteinte à l’éthique de la compétition ». Ce n’est pas un accident moral. C’est la logique d’un parti de réseaux. Qui vit de la captation des notables n’a guère titre à s’indigner quand le vent tourne.
Ce qui a changé depuis 2021 : du parti de l’ascension au parti du bilan
Un parti de gouvernement ne fait plus campagne comme une promesse. Il fait campagne comme un registre. C’est là que commencent les embarras.
Le bilan n’est ni un désastre pur ni un succès pur, ce qui le rend précisément difficile à vendre. Ce que le RNI brandit dans chaque réunion de terrain : la généralisation de l’assurance maladie obligatoire à près de 88 % de la population ; l’aide sociale directe à quelque 3,9 millions de ménages ; la hausse de l’investissement public, passé d’environ 230 milliards de dirhams à des niveaux nettement plus élevés ; une charte de l’investissement ; d’immenses chantiers d’infrastructure liés, pour l’essentiel, à la vision royale et à l’horizon du Mondial 2030. Chaouki répète que le parti ne prétend pas à la perfection, que la trajectoire est la bonne et qu’il faut accélérer. C’est le langage d’un chef de projet qui défend une première phase, non celui d’un parti qui redoute la sanction.
L’autre versant, celui que l’électeur habite avant de le lire dans les rapports : le chômage est plus élevé qu’au moment de la formation du gouvernement, autour de 13,3 % en 2024 contre 11,8 % en 2021, avec un chômage des jeunes qui dépasse le tiers de la classe d’âge dans certaines mesures. Le pouvoir d’achat s’est érodé durant les années d’inflation, même après le reflux de l’indice officiel. Viande et produits de base sont restés une matière politique quotidienne. La sécheresse a frappé l’emploi agricole. Les protestations de la « génération Z » en 2025 ont davantage entamé l’image du gouvernement que sa structure. Les événements de Ceuta à l’été 2026 ont ramené la question de l’horizon bouché de la jeunesse au premier plan, même s’ils ne suffisent pas, à eux seuls, à faire chuter un parti.
Au-dessus de tout cela se dresse Akhannouch lui-même, symbole double : l’homme d’État auquel on crédite la conduite des grands chantiers, et l’homme d’affaires dont le nom ne se sépare plus du soupçon de conflit d’intérêts, des hydrocarbures aux marchés publics. Le gouvernement oppose le cloisonnement des responsabilités. L’opposition parle d’une économie de rente habillée du vocabulaire de l’État social. Dans la plupart des circonscriptions, l’électeur ne tranche pas le débat juridique. Il tranche un sentiment plus simple : s’est-il soulagé, ou serré ?
Le paradoxe est que beaucoup de ce que l’on impute au gouvernement, en bien comme en mal, n’appartient pas au seul parti. La protection sociale, l’aide directe et les chantiers souverains sont, pour l’essentiel, des décisions royales exécutées par un gouvernement. Chômage et cherté mêlent sécheresse, guerre en Ukraine, structure des marchés, spéculation et gestion. L’urne, elle, ne répartit pas la responsabilité avec l’équité d’un séminaire. Le parti arrivé en tête encaisse l’éloge et l’addition.
Le conflit déclaré : le mercato avec l’allié
Les 25 et 26 août, à moins d’un mois du vote, l’escarmouche est sortie des couloirs pour entrer dans les communiqués. Le bureau politique du RNI, sous la présidence de Chaouki, a accusé le PAM de débauchage et de pressions pour attirer parlementaires, élus et cadres, et a cité des noms, dont Othmane et Manal Badel, allant jusqu’à évoquer un membre du bureau politique. Le PAM a opposé un démenti catégorique et ressorti le dossier 2021 : le RNI avait alors investi plus de dix-sept parlementaires issus de cinq partis, dont six venus du PAM. Un enregistrement attribué à Rachid Talbi Alami se moque du « transfert des règlements de la FIFA vers le travail partisan » et vise Fouzi Lekjaa après son ralliement à la direction du PAM. Akhannouch avait déjà résumé la doctrine d’une phrase de vestiaire : « Nous ne sommes pas dans un mercato. »
Le conflit déclaré ne porte donc ni sur un code ni sur une politique publique. Il porte sur la matière première de l’élection marocaine : les notables. Les deux partis concourent pour le même réservoir. D’où la violence de l’affrontement. Ce n’est pas une querelle de projets. C’est une querelle d’appareils opérant sur le même marché.
La date compte davantage que la morale. Un mois avant le scrutin suffit à brouiller des listes et à adresser un message aux élus hésitants : le PAM n’est plus le cadet de l’alliance, et il mange désormais dans l’assiette de l’allié. Le RNI n’est plus le comptoir unique des compétences venues de l’État, des chambres professionnelles et des conseils. La guerre des communiqués est un aveu réciproque : la première place n’est plus acquise.
Le conflit dissimulé : qui dirige vraiment le parti, et qui a le droit de diriger le Maroc ?
Sous les communiqués, une strate plus profonde.
La première est interne. Akhannouch a quitté la présidence du parti après les protestations de la génération Z et la fin de 2025, au nom de la règle des deux mandats et d’une « passation du flambeau ». Chaouki, ancien président de groupe peu connu hors de l’organisation, est devenu la façade. Akhannouch, pourtant, n’a pas quitté la scène. Il tient les tournées dans le Sud, à Dakhla, dans Al Haouz, défend le bilan et donne le ton de la réplique au PAM. La lecture amène : le parti a séparé présidence de l’organisation et chef du gouvernement pour renouveler l’image. La lecture moins amène : le véritable commandement est resté où il était, et le changement de façade est une recette ancienne du RNI dès que le symbole devient un coût. Les deux lectures peuvent être vraies à la fois. L’appareil a besoin d’un nom moins clivant sur les affiches. Le gouvernement a besoin d’Akhannouch pour négocier avec le Palais, l’administration et l’investissement.
La deuxième strate est coalitionnelle. L’Istiqlal n’est pas entré dans la dernière guerre des transfuges, mais il a déjà rompu l’alignement sur des dossiers comme la commission d’enquête sur les viandes. Le PAM laisse entendre qu’une alliance automatique n’est plus due si le RNI arrive de nouveau en tête. Le triumvirat gouvernemental n’est plus un contrat tacitement reconduit. C’est une trêve électorale qui s’effrite.
La troisième strate est au-dessus des partis. Dans un système où le roi demeure le centre de la légitimité et de l’orientation, la question n’est pas seulement de savoir qui figure en première ligne du communiqué de l’Intérieur, mais quel visage convient à l’après-Mondial et à l’actualisation de l’autonomie. Le parti qui dirige le gouvernement aujourd’hui n’est pas nécessairement celui que l’on chargera de le diriger demain sous la même formule. Le RNI le sait. D’où son insistance à entrer dans l’échéance avec un bilan plutôt qu’avec des surenchères. Le bilan est le seul langage qui lui reste pour prouver qu’il est encore bon à l’emploi.
Le calcul électoral : défendre le sommet, non le conquérir
Le RNI ne fait pas 2026 comme il a fait 2021. Alors, il était la force montante contre des islamistes épuisés. Aujourd’hui, il défend une première place devenue l’objectif de deux partenaires de son propre gouvernement. Cela change l’humeur de terrain. Un parti de tête craint la fuite plus qu’il ne rêve du raz-de-marée. D’où les listes précoces, un taux de renouvellement annoncé autour d’un tiers des candidatures, la présence de jeunes et de femmes dans certaines circonscriptions, et les tournées « du chemin des réalisations » qui transforment le ministère en campagne mobile avant l’ouverture officielle.
Les atouts demeurent tangibles. Premier : l’ancrage territorial — des milliers d’élus locaux, des présidents de communes, des réseaux dans des régions décisives. Dans une élection marocaine où beaucoup de circonscriptions se jouent aux visages plus qu’aux programmes, ce capital ne se remplace pas par un communiqué éthique. Deuxième : le lien avec des chantiers visibles — routes, ports, aide directe, carte santé. Même l’électeur ulcéré par la cherté peut trouver dans sa circonscription un projet imputé « au gouvernement ». Troisième : le flou doctrinal lui-même. Le parti peut s’allier demain avec l’Istiqlal, le Mouvement populaire ou l’USFP sans crise de conscience, parce que sa conscience organisationnelle est administrative.
Les faiblesses ne sont plus secrètes. Le parti a perdu une part de sa capacité à retenir ses élus, ce qui est plus grave que de perdre un discours. Ceux qui basculent vers le PAM ne parlent pas seulement d’appât. Ils parlent de gestion verticale, d’absence de proximité, d’incapacité à transformer la victoire de 2021 en vie interne. Si ce témoignage se répète ailleurs, la machine commence à se dévorer. Deuxième faiblesse, symbolique : Akhannouch agrège les notables et en rebute une partie de l’opinion urbaine et jeune. Troisième, coalitionnelle : même une première place peut ne plus suffire si le PAM refuse le rôle de second et si l’Istiqlal encaisse un prix plus élevé.
Reste l’abstention. On ne lit pas une élection marocaine seulement à qui gagne, mais à qui ne vient pas. Si la participation recule dans les villes, profitent ceux qui tiennent les réseaux ruraux et locaux : le RNI, le Mouvement populaire, l’Istiqlal davantage qu’un discours de contestation urbaine. Si elle monte par esprit de sanction, le parti au pouvoir est le premier touché, même si la sanction se disperse entre le PAM, l’Istiqlal, le PJD et l’USFP.
Prospective des sièges : un déploiement horizontal, pas un balayage des circonscriptions
La réforme de 2021, reconduite en 2026, change le sens du chiffre avant de changer les chances. La Chambre des représentants reste à 395 sièges : 305 issus de 92 circonscriptions locales plurinominales, 90 des listes régionales. Mais le quotient électoral se calcule sur les inscrits, non sur les votants, et le seuil a disparu. L’effet pratique est connu depuis 2021 : le parti arrivé en tête dans une circonscription locale n’en sort, en règle générale, qu’avec un siège. Le plus fort reste ne lui ouvre pas la voie d’un balayage des six sièges de Settat ou des quatre d’une grande circonscription urbaine. Ce qui hisse le total au-dessus du nombre de circonscriptions, ce sont les listes régionales, non la répétition de la victoire à l’intérieur d’une même circonscription.
On mesure donc le RNI à l’étendue de sa présence sur les 92 circonscriptions, non à la profondeur de son emprise dans chacune. En 2021, il a atteint 102 sièges par cette addition : 86 au local, 16 au régional. C’est le plafond de référence, non 120.
Scénario bas : 70 à 82 sièges.
Il se réalise si la machine perd des circonscriptions tenues pour acquises en 2021, si l’hémorragie de notables vers le PAM se poursuit, et si la sanction symbolique contre Akhannouch se concentre dans les villes. La part locale tombe sous 70 ; le régional ne compense pas. La première place s’échappe, ou se conserve au prix d’une blessure nette. Le parti passe de chef de coalition à partenaire seulement nécessaire.
Scénario médian, le plus probable aujourd’hui : 88 à 102 sièges.
Une part locale de l’ordre de 75 à 86, plus 12 à 16 sièges régionaux. C’est le corridor d’une reproduction de 2021, ou d’un peu moins. Rester au-dessus de 92 est possible, parce que le régional s’ajoute au local ; ce n’est pas acquis si l’implantation s’érode dans le Centre, le Nord et Casablanca-Settat. La première place demeure concevable, sans l’aisance du bond précédent.
Scénario haut : 103 à 108 sièges.
Il exige un siège local dans quelque 88 à 90 circonscriptions, puis l’une des meilleures parts régionales obtenues par un parti de tête depuis la réforme. C’est le plafond du système, non celui du souhait. Dépasser 110 demeure théorique et sort d’une estimation sérieuse : aucun parti ne balaie les 92 circonscriptions locales pour y ajouter ensuite une vingtaine de sièges régionaux, dans une loi conçue précisément pour briser l’hégémonie.
L’enjeu politique est plus clair que la querelle d’un siège. Même le scénario haut ne produit pas une coalition confortable comme celle de 2021, avec 269 sièges pour le trio. Toute première place à venir sera plus étroite, toute alliance plus chère à négocier. Le parti habitué à mesurer sa force au nombre de sièges ramassés dans une circonscription découvrira tard que la loi récompense celui qui est présent partout avec un siège, et punit celui qui croit qu’une force locale se convertit en gerbe de mandats sur la même liste.
Le RNI dirigera-t-il encore le gouvernement ?
La réponse n’est ni oui ni non. C’est un faisceau de conditions.
Il le dirigera s’il arrive nettement en tête, si Akhannouch ou un visage de son cercle reste acceptable dans l’équilibre général, et s’il trouve au moins un grand partenaire — l’Istiqlal, le PAM après une trêve, ou les deux à un prix nouveau. Dans ce cas, un second mandat serait une continuité amendée, non un sacre populaire neuf.
Il le dirigera aussi, hypothèse moins élégante, s’il arrive deuxième de justesse et que l’alternative bute. La politique marocaine ne remet pas automatiquement la chefferie du gouvernement au premier si le second paraît plus adapté à la séquence, ou si le premier est devenu trop coûteux symboliquement. La Constitution de 2011 désigne le chef du gouvernement dans le parti arrivé en tête ; la pratique a suivi cette logique après 2021. L’espace entre le texte et l’interprétation demeure pourtant une zone politique. Il ne faut ni l’ignorer ni l’exagérer.
Il ne le dirigera pas si le PAM prend un avantage net, si l’Istiqlal s’impose avec le récit de « visage de l’État » que travaille Nizar Baraka, ou si la reconduction d’Akhannouch après cinq années de cherté et de soupçons de conflits d’intérêts est jugée plus onéreuse que profitable. Le RNI resterait alors un bloc pesant dans toute majorité, mais passerait de la nomination à la négociation.
Une dernière hypothèse, moins commentée aujourd’hui, n’est pas à écarter : que le RNI arrive numériquement en tête et que la direction soit redistribuée au sein de la coalition, la masse des sièges lui demeurant, la chefferie du gouvernement allant à un nom moins exposé à la polémique. Ce compromis convient à un système qui préfère la continuité aux chocs. Il donne aussi une double lecture au départ d’Akhannouch de la présidence du parti en février : préparation d’un renouvellement interne, ou préparation d’une séparation entre le destin du parti et celui de l’homme.
Le portrait d’ensemble
Le RNI n’est pas un parti fini. Il n’est pas non plus inexpugnable. C’est la plus forte organisation électorale existante si l’on mesure les élus, les réseaux et le lien avec l’exécution publique ; c’est une organisation plus faible qu’en 2021 si l’on mesure la capacité à faire désirer une politique. Sa force est administrative. Sa faiblesse est symbolique. Le conflit avec le PAM a exposé les deux : ils ressemblent davantage à deux sociétés se disputant des agents locaux qu’à deux familles de pensée. Le compte avec l’Istiqlal n’est pas encore ouvert au grand jour ; il le sera la nuit des résultats. Le compte avec la rue l’est déjà, dans les prix, l’emploi et l’image du chef du gouvernement.
Si le RNI a un examen en 2026, le voici : la machine de 2021 suffit-elle à reproduire la première place de 2021, maintenant que cette place est un gouvernement, non une opposition ? L’histoire récente du parti dit qu’il est habile à durer. Elle ne dit pas qu’il est habile à se faire aimer. L’écart entre les deux est la distance que mesurera l’urne dans quatre semaines — sans décider à elle seule qui siégera, le matin du 24 septembre, à la tête du gouvernement.
L’épisode suivant quitte le parti qui défend la première place pour celui qui n’accepte plus de l’attendre. L’Authenticité et modernité entre dans la course depuis l’intérieur de la majorité, non depuis ses marges : presque la même machine, le même mercato, et un refus déclaré de rester automatiquement le second si le RNI revient en tête.
On y verra si l’élan du moment est un basculement du rapport de forces ou une opération de ramassage qui rejoue, à l’envers, ce que la colombe a fait il y a cinq ans.
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