Soleil, sable et durabilité : comment Saïdia redessine la carte du tourisme africain

À l’extrême nord-est du Maroc, sur une bande côtière méditerranéenne de 14 kilomètres, la station de Saïdia n’était, il y a peu, qu’une destination saisonnière alourdie d’une réputation de nuisances entomologiques et parasitaires. Aujourd’hui, elle devient la première destination africaine à obtenir la certification finale « HQE™ Aménagement Durable » délivrée par l’organisme français Certivéa, après avoir franchi l’intégralité des six étapes du référentiel.

Ce n’est pas une distinction technique de plus à accrocher au mur. C’est l’affirmation qu’un nouveau modèle de tourisme balnéaire peut émerger en Afrique : un modèle qui place la durabilité au cœur de la rentabilité, et non à sa périphérie.

Cette certification, qui s’ajoute au label HQE classique réservé aux bâtiments individuels, s’applique cette fois à l’échelle d’un quartier ou d’une zone urbaine entière. Elle ne mesure pas seulement les constructions, mais l’ensemble de la méthodologie : de la conception à la mise en œuvre, en passant par la gouvernance. Trois axes structurants la définissent.

  • Premier axe : l’amélioration du confort des usagers, par la sécurisation des déplacements, la création d’espaces de convivialité et la lutte contre les nuisances.
  • Deuxième axe : le respect de l’environnement, à travers la préservation de la biodiversité, la rationalisation de la gestion de l’eau et la réduction de l’empreinte carbone.
  • Troisième axe : l’optimisation des ressources locales afin de maîtriser les coûts de construction et d’exploitation.

Le tout s’inscrit dans une gouvernance transparente qui implique les citoyens et les acteurs locaux du territoire.

La Société de développement de Saïdia (SDS), filiale du groupe CDG, souligne que l’obtention de cette reconnaissance internationale « va bien au-delà d’une simple distinction technique. Elle traduit un engagement de long terme et reflète la volonté de concevoir et de promouvoir des modèles d’aménagement innovants, performants et responsables ».

Jalil Bennis, son directeur général, ajoute : « Nous sommes particulièrement fiers d’être les premiers en Afrique à mener à son terme ce processus exigeant, démontrant qu’un aménagement territorial responsable peut constituer un puissant levier de développement durable, inclusif et créateur de valeur. »

L’annonce n’étonne guère ceux qui suivent le projet depuis plusieurs années. Saïdia Mediterrania n’a jamais été conçue comme un simple resort de luxe, mais comme un véritable levier de développement territorial.

Le site lui-même y contribue : un ensoleillement quasi permanent toute l’année, la proximité de l’embouchure de l’oued Moulouya – classée Site d’intérêt biologique et écologique (SIBE) – et des paysages d’arrière-pays propices aux excursions.

L’offre d’infrastructures est déjà diversifiée : hôtels, marina, parcours de golf, aquarium, restaurants et circuits de découverte. Plus important encore, la destination n’est plus cantonnée aux mois d’été. L’animation s’étire désormais sur six à neuf mois, articulée autour de trois piliers majeurs : le tourisme d’affaires et de congrès (MICE), le multisport et le bien-être.

Ce qui singularise l’expérience marocaine, c’est sa capacité à concilier attractivité touristique, création de valeur, préservation des ressources naturelles et amélioration durable de la qualité de vie.

La certification atteste que cette conciliation est possible, et que l’expertise marocaine en matière d’aménagement durable monte en puissance. Elle envoie aussi un signal clair aux investisseurs : l’Oriental n’est plus une périphérie lointaine, mais un laboratoire d’un nouveau modèle de tourisme balnéaire.

Les défis restent bien réels. Le tourisme côtier en Afrique demeure souvent prisonnier de la saisonnalité, de la pression sur les ressources et de la dépendance aux capitaux extérieurs. Pourtant, Saïdia démontre qu’une gouvernance rigoureuse, une concertation avec les parties prenantes locales et un système de management d’opération structuré peuvent transformer ces défis en avantage concurrentiel.

Si la station parvient à attirer des partenaires partageant sa vision, elle pourrait devenir un référentiel pour d’autres destinations le long des côtes africaines.

Dans un monde où les voyageurs recherchent des expériences plus responsables, et sur un continent qui a besoin de modèles de développement qui n’épuisent pas ses ressources, Saïdia semble dire ceci : la durabilité n’est pas un frein à la croissance touristique, mais sa condition. La question n’est plus de savoir si l’Afrique peut y parvenir, mais quand d’autres destinations suivront.

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