
À la fin du 1/4 de finale entre la France et le Maroc, j’ai éteins la télévision et je me suis senti frustré comme beaucoup de marocains. Ce n’était pas de la déception mais bien de la frustration.
Quarante-huit heures plus tard, je suis en mesure de revenir sur cette soirée où l’orchestre a fait défaut. L’équipe du Maroc n’est pas encore au niveau de ce qui a été annoncé. C’est une bonne équipe, avec une belle génération, beaucoup de talents techniques et une cohérence collective. Elle offre du plaisir aux amoureux du beau football.
Depuis le début du tournoi, le Maroc s’est concentré sur son jeu, ses forces et son intuition créative. Il a mis en œuvre ses qualités face au Brésil, avec détermination et assurance, comme un joueur de poker pose son brelan d’as sous la lumière tamisée d’une salle de jeux clandestine des bas-fonds de Chicago.
Hélas contre la France, les vieux complexes sont revenus au galop. Ouahbi a choisi la retenue par peur de l’équipe de France. A cause des images spectaculaires de ses exploits, de son rouleau compresseur, de la réputation chirurgicale de son attaque, de son statut de favorite de la compétition.
Quand tu joues contre la France et son armada de buteurs, c’est à la vie à la mort. Si tu optes pour la sécurité, la passe latérale, la possession dans ton camp, tu perds 2-0, mais propre. C’est la folie de jouer avec le frein à main pour ne pas prendre une valise et perdre quand même. C’est risqué parce que c’est une contradiction flagrante avec l’identité en construction de cette équipe.
Je pense que Ouahbi a trahi sa philosophie parce qu’il est conscient des limites de son effectif, un secteur offensif exsangue et une profondeur de banc bien fragile. Il a opté pour le catenaccio à l’italienne, pour ne pas devenir le bouc émissaire d’une éventuelle défaite trop large pour une sélection classée au sixième rang FIFA.
La digue a sauté à la 60ème. La retenue est un bouclier fragile. Elle fait naître le doute dans la tête des joueurs. Quand tu as du talent, tu peux faire mal à l’adversaire. Vraiment mal. Tu regardes ton adversaire dans les yeux, tu fais peur, tu marques les esprits. Les Pays-Bas en savent quelque chose. Ils avaient abdiqué devant les Lions uniquement sur l’aspect psychologique.
Contre les joueurs de Deschamps, Ouahbi a préféré faire circuler le ballon que d’être dangereux, en attendant une erreur adverse, un contre assassin ou un exploit sur coup de pied arrêté. Hakimi a tout vendangé dans ce secteur. Au foot comme en société, les audacieux changent la donne et les destins. La peur perd toujours.
Tu ne bats pas la France en la respectant trop. Tu la bats en croyant que tu peux le faire. La retenue tue le collectif. Certains joueurs de l’équipe de France ont fait part de leur surprise devant la faiblesse du niveau de jeu des marocains après le match. Quand un joueur a peur, les dix autres le sentent. Il ne va pas tenter. Il ne va pas prendre الخطر. La dynamique fermente à l’envers. Les adversaires le perçoivent aussi comme l’aigle cible sa proie depuis les hauteurs de son piédestal.
La défaite avec honneur devient le mantra, la ritournelle d’un temps révolu. Perdre 2-0 en ayant rien tenté nourrit les regrets. Et le regret brise plus que la déception.
La retenue par sagesse et calcul contre les Oranje est une force. La retenue par peur contre les Bleus est de la timidité, équivalente à une corde au cou. Tu perds le match et tu fragilises ton édifice.
Au fond de lui, Ouahbi sait qu’il a fait sa première erreur tactique. Cela ne pardonne pas en 1/4 de finale d’une coupe du monde. Ce faux pas influence la vision qu’ont les supporters des épreuves à venir, la stabilité et le renforcement de l’effectif, ainsi que les marges de progrès à accomplir pour franchir une étape supplémentaire.
C’est sans conteste le seul intérêt de cette défaite…
Nordine Nabili
11/07/26

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