Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?

Mariano Rajoy, ancien Premier ministre espagnol, verse lui aussi dans le racisme d’atmosphère pour parler des Bleus. Il a déploré que l’équipe de France « ne compte aucun joueur français dans ses rangs ». C’est une façon de paraphraser la formule « français de papier » en vogue dans le débat en France. Ces propos racistes ont choqué y compris au sein de la Roja.

A vrai dire, lorsqu’un politique joue cette carte, son objectif n’est pas d’insulter ou de déstabiliser les joueurs, mais de flatter les instincts primaires de ses électeurs. Rajoy se fout du football comme de la couleur de sa première chemise. Il surfe sur un événement pour se rappeler aux souvenirs des électeurs espagnoles qu’il considère comme des oies à gaver de discours haineux.

Les droites européennes, cernées par les idées nauséabondes et incendiaires de l’extrême droite, ont fini par solder les comptes de leur socle humaniste avec des discours populistes, pour sauver leur peau et ne pas disparaître définitivement.

Lorsque la politique se joue avec des punchlines racistes, dont l’objectif est uniquement l’impact viral, cela démontre la profondeur du gouffre intellectuel à l’œuvre. Ce spectacle orchestré par un leader politique est à l’image de ce que sont devenus les leviers du débat contemporain : polarisation, stigmatisation, insultes, postures identitaires, vidéos virales, deepfakes. Tout est permis pour amuser la galerie et faire oublier le plus important : l’absence coupable de programmes solides.

Mais revenons au football malgré ce crachat. Faisons le pari d’inverser l’effluve malodorante de l’haleine de Rajoy en parfum de fleur de jasmin puissant, ondulant et suave, selon les lois des arts martiaux en captant l’énergie de l’adversaire pour la rediriger contre lui.

Les joueurs de l’équipe de France s’apprêtent à jouer une 1/2 finale de coupe du monde. Cette phrase, à elle seule, contient l’enjeu de l’événement et sa principale source de motivation. Deschamps s’occupe du plan de jeu pendant que les joueurs évacuent la pression et se concentrent au calme.

Viendra le temps de la causerie d’avant match pour un dernier briefing. DD saura mettre le fond et la forme pour donner un dernier coup de fouet psychologique à ses poulains. Ce ne sera pas un discours. Ce sera une tactique pour ne pas laisser les âmes se distraire ou s’éparpiller dans le flot des déclarations assassines.

Rajoy n’a aucune chance de perturber la concentration des bleus. Il va plutôt la renforcer. Les joueurs de l’équipe de France ont appris, depuis leur plus jeune âge et au fur et à mesure de l’évolution de leur carrière, à transformer le racisme en carburant. C’est la routine indispensable pour survivre, pour avancer، pour franchir les étapes.

Rajoy ne peut pas comprendre l’intimité de la douleur et l’apprivoisement de ses conséquences pour les personnes victimes de racisme. « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort », by Nietzsche. Ils connaissent la musique. Le racisme est consubstantiel de leurs parcours. Si tu nommes le poison، il devient une force et te rend libre.

Les insultes racistes ou les provocations des joueurs paraguayens، ont fait sourire Mbappé. Chaque giclée xénophobe réveille chez lui et ses coéquipiers les conseils des éducateurs et des parents à ne pas sauter à pieds joints dans le piège et la fosse sceptique des prisonniers des pages sombres de notre histoire.

A chaque fois que votre adversaire vous aiguille sur le terrain du racisme، « cette conception carcérale de l’identité » selon la formule d’Aimé Césaire، répondez par le noble idéal de l’universel et du respect de la dignité humaine. Et poursuivez votre marche en avant. Parce qu’il faut promouvoir le progrès، la joie، la fraternité et non un passé encombrant et douloureux dans lequel marinent les obscurantistes…

Nordine Nabili
13/07/26

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