
Paris, 13 juin 2026
L’université Paris Cité a décidé de retirer son doctorat en philosophie des sciences à Étienne Klein, figure majeure de la vulgarisation scientifique en France. Cette sanction rare, notifiée au début du mois de juin, fait suite à une enquête interne de vingt mois qui a conclu à l’existence de « copier-coller » dans environ deux tiers des pages de sa thèse soutenue en 1999.
Une thèse au cœur de l’affaire
Étienne Klein, physicien de formation (ingénieur de l’École centrale Paris et titulaire d’un DEA de physique théorique), a soutenu en 1999 une thèse intitulée Études sur la question de l’unité en physique à l’université Paris-Diderot (aujourd’hui intégrée à l’université Paris Cité). Publiée l’année suivante aux Presses universitaires de France sous le titre L’Unité de la physique, ce travail portait sur la philosophie des sciences et la quête d’unité dans la discipline.
Selon l’enquête menée par le site Arrêt sur images et confirmée par l’université, de larges passages de ce manuscrit ont été copiés sans guillemets ni références précises auprès de nombreux auteurs. Les premières révélations, publiées en août 2024, faisaient déjà état de plagiats touchant plus de 20 % des pages (88 sur 429), avec des emprunts à des philosophes, des historiens des sciences et même à des membres du jury de soutenance.
L’enquête universitaire, ouverte peu après ces révélations, a permis d’aller plus loin : des copier-coller ont été identifiés dans deux tiers des pages de l’ouvrage, impliquant potentiellement plus d’une centaine d’auteurs différents.
Une procédure longue et une sanction lourde
Après vingt mois d’instruction, l’université Paris Cité a prononcé deux mesures : le retrait du titre de docteur et l’interdiction de se réinscrire en doctorat dans l’ensemble des universités françaises. Cette double sanction a été notifiée à Étienne Klein au début du mois de juin 2026.
Contactée par l’AFP et plusieurs médias, l’université a confirmé avoir « prononcé des décisions individuelles à l’encontre de l’intéressé qui lui ont été notifiées », tout en refusant tout commentaire supplémentaire sur ce dossier individuel.
Des accusations antérieures
Ce n’est pas la première fois qu’Étienne Klein est visé par des accusations de plagiat. Dès 2016, le magazine L’Express avait révélé des emprunts non signalés dans plusieurs de ses ouvrages grand public, notamment dans Le Pays qu’habitait Albert Einstein. Ces révélations avaient déjà conduit à son éviction de la présidence de l’Institut des hautes études pour la science et la technologie (IHEST) par décret ministériel.
En août 2024, face aux nouvelles révélations concernant sa thèse, Étienne Klein avait présenté des excuses publiques, reconnaissant une « désinvolture et négligence » à l’époque de la rédaction de son travail doctoral.
Un vulgarisateur très médiatique
Âgé de 68 ans, Étienne Klein est une personnalité très connue du grand public. Directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), où il a notamment fondé le Laboratoire de recherche sur les sciences de la matière (LARSIM), il est aussi l’animateur historique de l’émission La Conversation scientifique sur France Culture depuis 2014. Auteur prolifique, il a publié de nombreux ouvrages de vulgarisation sur la physique quantique, le temps ou l’histoire des sciences.
À ce jour, son employeur, le CEA, n’a pas fait de commentaire public sur la décision universitaire. Klein conserve par ailleurs son diplôme d’ingénieur et son DEA, ainsi que son Habilitation à diriger des recherches (HDR) selon plusieurs sources.
Une affaire qui interroge
Le retrait d’un doctorat près de 27 ans après sa soutenance reste exceptionnel dans le paysage universitaire français. L’affaire relance le débat sur la détection des plagiats dans les travaux académiques anciens, sur la responsabilité des jurys de thèse et sur la crédibilité des figures médiatiques de la science.
Alors que les réactions sur les réseaux sociaux et dans la presse sont nombreuses – beaucoup saluant la fermeté de l’université, d’autres s’interrogeant sur le rôle des institutions à l’époque –, Étienne Klein n’a, pour l’instant, pas réagi publiquement à la décision de l’université Paris Cité.
L’affaire Klein s’ajoute à une série de scandales de plagiat qui ont touché ces dernières années plusieurs personnalités du monde académique et médiatique français, rappelant l’importance croissante accordée à l’intégrité scientifique dans un contexte de forte médiatisation des savoirs.

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