Le 14 juillet 1999 : Quand deux nations marchèrent ensemble vers l’éternité

Professeure Boutaïna Hassani – Université Mohammed Premier Oujda

Il est des heures où l’Histoire cesse d’être un simple récit de chroniqueurs pour devenir une émotion vivante qui traverse les âmes et les siècles. Le 14 juillet 1999 fut l’une de ces heures rares, un de ces instants où deux peuples, par la puissance du symbole, s’élèvent au-dessus d’eux-mêmes et touchent à quelque chose d’éternel.

Ce matin-là, sur la plus belle avenue du monde, la Garde royale marocaine, dans tout l’éclat de ses traditions séculaires, s’avançait sur les Champs-Élysées. Pas à pas, elle montait vers l’Arc de Triomphe, ce monument élevé par Napoléon comme une promesse d’éternité faite aux soldats. Chaque pas des cavaliers et fantassins marocains sur le pavé de la République résonnait comme un vers d’un poème que la France et le Maroc écrivaient ensemble ce jour-là, pour toujours.

Sa Majesté le Roi Hassan II était présent, invité d’honneur du Président de la République française. Avec cette sérénité souveraine qui le caractérisait, il assistait à la cérémonie. Il avait consacré son règne à tisser entre les deux rives de la Méditerranée des liens profonds, non pas seulement diplomatiques, mais nés des cœurs. Ce matin de juillet, ces liens prenaient forme, prenaient marche, prenaient voix dans le pas cadencé de ses soldats.

Quelques jours plus tard, le monde apprenait la disparition du Roi. Cette parade devint alors bien plus qu’un souvenir : elle fut son testament, l’apothéose que la Providence accorde parfois aux grands hommes avant le silence. Hassan II avait vu la France honorer le Maroc et le Maroc honorer la France. Il était parti sans que rien ne manquât à sa gloire.

Mais au-delà de l’Histoire officielle, il existe une voix plus intime : celle de ceux qui portent en eux deux patries. Ces êtres nés du croisement des civilisations, dans qui la France et le Maroc cohabitent non comme des rivales, mais comme deux lumières qui s’accordent et se renforcent. Pour eux, le 14 juillet 1999 n’est pas une date parmi d’autres. C’est une image fondatrice : le moment où leurs deux drapeaux, sans jamais se confondre, ont marché côte à côte sous le ciel de Paris.

Comme l’écrivait Rousseau, c’est dans le sentiment que réside la vérité de l’homme. Ce matin-là, aucun discours n’était nécessaire. Le silence majestueux des soldats marocains gravissant l’avenue éternelle, les regards émus dans la foule, tout parlait de cette rencontre des âmes dont parlait Victor Hugo : « Il y a dans certains défilés plus de civilisation que dans cent traités. »

27 ans plus tard, en ce 14 juillet 2026, que cette mémoire reste vivante. La France et le Maroc ne sont pas seulement des partenaires stratégiques. Ils sont, par l’Histoire, par le sang versé ensemble, par les générations qui se sont mêlées et enrichies mutuellement, amis au sens le plus noble et ancien du terme : ils se doivent la vérité, ils se sont choisis, et cet attachement résiste au temps et aux épreuves.

Que vivent le Royaume du Maroc et la République française .

Que vive surtout cette amitié dont le 14 juillet 1999 reste, dans les annales de l’esprit et du cœur, l’image la plus belle et la plus impérissable.

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