
Le 26 mai 2026, le sultan Haitham bin Tariq a signé un décret exécutif ordonnant aux autorités omanaises d’accroître significativement le volume des échanges commerciaux et la coopération économique avec l’Iran. Ce texte, largement relayé par les médias iraniens et régionaux, vise à consolider des liens déjà étroits entre Mascate et Téhéran, malgré un contexte géopolitique extrêmement tendu.
Ce décret s’inscrit dans la continuité d’une série d’accords bilatéraux conclus en 2025, dont l’Accord de commerce préférentiel (PTA) signé à Mascate le 27 mai 2025 et ratifié par le décret royal n° 71/2025 en septembre dernier. Il traduit une volonté claire d’Oman d’atteindre un niveau de commerce bilatéral plus ambitieux et de capter une partie des flux économiques iraniens traditionnellement orientés vers Dubaï.
Un signal fort en pleine crise iranienne
Alors que les États-Unis, sous l’administration Trump, mènent une campagne de sanctions renforcée (« Economic Fury ») et maintiennent un blocus naval partiel des ports iraniens depuis le déclenchement des hostilités en février 2026, Oman choisit la voie de l’engagement économique. Ce choix intervient alors que Washington exerce une pression croissante sur ses partenaires pour isoler Téhéran.
L’impact sur le détroit d’Ormuz
Le détroit d’Ormuz, artère vitale par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial, est bordé au nord par l’Iran et au sud par Oman. Les deux pays partagent historiquement une coopération discrète en matière de sécurité maritime, de sauvetage et de coordination navale. Le renforcement des liens économiques risque d’accroître cette coopération, potentiellement sous forme de projets communs de facilitation du trafic maritime ou même de discussions sur une gestion partagée des passages (y compris des systèmes de péage évoqués dans certains rapports).
Cependant, une telle dynamique irrite profondément Washington. Le président Trump a récemment déclaré publiquement qu’« aucun pays ne contrôlera le détroit » et a menacé Oman de « le faire sauter » si Mascate ne se conformait pas à la ligne américaine. Pour Oman, ce décret renforce sa position de médiateur historique tout en affirmant sa souveraineté sur sa propre façade maritime.
Des relations américano-omanaises mises à l’épreuve
Oman reste un partenaire stratégique clé des États-Unis depuis plus de cinquante ans : accord de libre-échange, accès militaire, aide économique (plus de 1,6 milliard de dollars depuis 1946). Pourtant, Mascate a toujours refusé de rompre avec Téhéran, jouant un rôle de médiateur lors de négociations secrètes américano-iraniennes.
Ce nouveau décret risque de créer des frictions : Washington pourrait durcir son ton, voire imposer des sanctions secondaires sur certaines entités omanaises, comme cela s’est déjà produit par le passé. Pour le sultanat, il s’agit d’un calcul pragmatique : diversifier ses partenaires économiques et sécuriser sa position géographique stratégique face à un détroit dont la stabilité est vitale pour sa propre économie.
En somme, ce décret exécutif illustre la diplomatie omanaise classique : neutralité active et pragmatisme. Il renforce les ponts avec l’Iran sans rompre officiellement avec les États-Unis, tout en plaçant le détroit d’Ormuz au cœur d’un jeu d’équilibre régional délicat. L’avenir dira si cette approche permettra à Oman de maintenir son rôle d’acteur indispensable dans un Golfe de plus en plus polarisé.

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