Itamar Ben-Gvir interdit de séjour en France : la chute d’un ministre d’extrême droite au cœur d’une polémique internationale

La France a officiellement interdit d’entrée sur son territoire le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, figure emblématique de l’extrême droite israélienne. Cette décision, annoncée le 23 mai 2026 par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, fait suite à une vidéo diffusée par le ministre lui-même, dans laquelle il nargue des militants de la « Flottille Global Sumud » pour Gaza, détenus à Ashdod après leur interception par les forces israéliennes.

Dans les images postées sur ses réseaux sociaux, on voit Ben-Gvir brandir le drapeau israélien devant des dizaines d’activistes – dont des citoyens français et européens – ligotés et contraints de s’agenouiller. Il les raille, diffuse l’hymne national et se présente en maître de la situation. La France a qualifié ces « agissements inqualifiables » de « répréhensibles », estimant inacceptable qu’un haut responsable public humilie ainsi des ressortissants européens. Le ministre français a précisé que cette interdiction était immédiate et totale, tout en appelant l’Union européenne à des sanctions plus larges.

Une flottille humanitaire interceptée dans les eaux internationales

L’incident s’inscrit dans le cadre de la « Global Sumud Flotilla », une opération civile internationale de grande ampleur lancée au printemps 2026. Plus de 50 navires et près de 430 militants de plus de 40 pays tentaient de briser le blocus maritime imposé par Israël sur Gaza pour y acheminer de l’aide humanitaire. Les bateaux ont été interceptés par la marine israélienne dans les eaux internationales, au large de Chypre. Les autorités israéliennes ont justifié l’opération par la nécessité de faire respecter le blocus et d’empêcher tout soutien logistique au Hamas. Les militants, eux, dénoncent des conditions de détention dégradantes et parlent d’humiliations systématiques.

La vidéo de Ben-Gvir, diffusée le lendemain de l’interception, a provoqué un tollé immédiat. Même en Israël, des voix au sein du gouvernement et de l’opposition ont pris leurs distances, estimant que ces images nuisaient à l’image du pays.

Un parcours marqué par l’extrémisme

Itamar Ben-Gvir n’en est pas à son premier scandale. Adolescent, il militait au sein du mouvement kahaniste, héritier de l’idéologie de Meir Kahane, dont le parti Kach a été interdit en Israël comme organisation terroriste. Il cumule un long casier judiciaire : au moins huit condamnations pour incitation au racisme, soutien à une organisation terroriste et troubles à l’ordre public. Ces antécédents lui ont valu d’être jugé « trop extrémiste » pour effectuer son service militaire obligatoire dans l’armée israélienne (Tsahal).

Longtemps marginal, Ben-Gvir a fait son entrée au gouvernement en 2022 au sein de la coalition dirigée par Benjamin Netanyahu. À la tête du ministère de la Sécurité nationale (qui supervise la police), il a accru son influence, poussant des mesures sécuritaires radicales et défendant ouvertement la colonisation. Il conserve chez lui le portrait de Baruch Goldstein, auteur du massacre de la grotte des Patriarches à Hébron en 1994 (29 Palestiniens tués), et a régulièrement glorifié des actes de violence contre les Palestiniens. Ces positions lui valent d’être considéré comme la voix la plus radicale du gouvernement israélien actuel.

Une influence croissante qui dérange

Malgré – ou grâce à – sa radicalité, Ben-Gvir a vu son audience s’élargir. Il incarne une frange de l’opinion israélienne qui réclame une ligne dure face aux Palestiniens. Mais cette visibilité internationale grandissante s’accompagne désormais d’un isolement diplomatique. Outre la France, la Pologne a également annoncé une interdiction d’entrée de cinq ans, estimant que le ministre représentait « une menace pour l’ordre public ».

Cette affaire met en lumière les tensions entre la politique intérieure israélienne et ses répercussions sur la scène internationale. Pour ses détracteurs, Ben-Gvir symbolise une dérive autoritaire et raciste qui met en péril l’image d’Israël. Pour ses partisans, il est un défenseur intransigeant de la sécurité israélienne face à ce qu’ils perçoivent comme des provocations.

La décision française, rare à l’encontre d’un ministre en exercice d’un pays allié, marque un tournant. Elle rappelle que, même en temps de crise, certains comportements restent inacceptables aux yeux de la communauté internationale. Itamar Ben-Gvir, qui a longtemps cherché la lumière, la reçoit aujourd’hui sous un jour qu’il n’avait sans doute pas anticipé. Le monde entier connaît désormais son nom – mais pour des raisons qui pourraient bien compliquer son avenir politique.

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