LA FRANCE EN SUSPENS : LECORNU SONNE L’ALARME SUR LE CHAOS PARTISAN ET LE BLOCAGE BUDGÉTAIRE

TOPSHOT - This photograph shows a television screen displaying France's outgoing Prime Minister Sebastien Lecornu (R), with an image of France's President Emmanuel Macron in the background, during a live broadcast interview on a set of French TV France 2 in Paris on October 8, 2025. (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Paris – 09 octobre 2025

La scène politique française, jugée « déboussolée, parfois affligée, parfois dégoûtée » par les Français, vient de traverser 72 heures de crise marquée par une nomination, une démission surprise, et une mission éclair de 48 heures. C’est l’ex-Premier ministre, Sébastien Lecornu, également ministre des Armées démissionnaire, qui dresse ce soir un constat implacable : la paralysie de l’État est le prix à payer pour des ambitions personnelles et un zèle partisan inassouvi.

Après avoir remis au Président les conclusions de sa mission de négociation ultime, M. Lecornu a affirmé que les perspectives de dissolution de l’Assemblée s’éloignent. Pourquoi ce recul ? Non pas par manque de courage politique, mais par lucidité : une majorité absolue de l’Assemblée refuse une nouvelle dissolution, craignant qu’elle n’amène au « même résultat » et à une « fuite en avant vers un blocage qui pourrait être davantage définitif ». L’Assemblée actuelle, dit-il, ressemble davantage aux « sensibilités et aux divisions du pays » que les précédentes, imposant à la classe politique de changer sa manière de travailler.

L’Éléphant dans la pièce : 2027

Si le gouvernement que Lecornu n’a pu former s’est « enrayé » sur sa composition, la cause profonde réside dans l’intrusion des calculs électoraux : « L’éléphant dans la pièce, c’est l’élection présidentielle [de 2027] ».

Lecornu, qui plaide coupable d’un manque d’originalité dans sa proposition initiale, confie que le blocage est survenu en raison des « appétits partisans » et de la pression des « bases militantes » qui poussent aux « lignes les plus dures ». Son retour d’expérience est catégorique : la prochaine équipe gouvernementale, quelle qu’elle soit, devra être « complètement déconnectée des ambitions présidentielles pour 2027 ».

Malgré le chaos, le Premier ministre démissionnaire se veut « plutôt optimiste ». Il estime que la situation permet au Président de la République de nommer un nouveau chef du gouvernement dans les « 48 prochaines heures ».

Le Budget et le Totem des Retraites

L’urgence est triple : « un budget pour l’État, un budget pour la Sécurité sociale et les textes sur la Nouvelle-Calédonie ». M. Lecornu a martelé que ne pas avoir de budget d’ici le 31 décembre entraînerait des conséquences « dramatiques » pour la France. Un projet de budget est d’ailleurs prêt à être déposé lundi, une « copie à 4,7 % de déficit » conçue pour être débattue. Les parlementaires, s’ils ont obtenu l’assurance qu’il n’y aurait pas de recours au 49.3, doivent désormais faire leur « boulot de députés » et non « censurer préalablement le gouvernement ».

Concernant la réforme des retraites, ce « dossier des plus bloquants », l’ex-Premier ministre reconnaît l’existence d’une « blessure démocratique ». Il est impossible d’être « sourd pour ne pas entendre » le sentiment des Français que le débat « ne s’est pas déroulé normalement ». Bien que le sujet n’ait pas été rouvert à la suspension pendant sa mission, Lecornu confirme que le débat devra se rouvrir au Parlement ou qu’il s’invitera « à l’élection présidentielle ». Il rappelle toutefois que la suspension de la réforme Borne coûterait « pas moins de 3 milliards d’euros », soit pratiquement 0,1 % du PIB.

Enfin, interrogé sur la proposition d’Édouard Philippe d’une présidentielle anticipée, Sébastien Lecornu s’est montré d’une loyauté féroce envers la fonction présidentielle. Il alerte sur le danger d’exiger le départ du chef de l’État « dès qu’il y a un peu de tempête ». Il insiste que, compte tenu des tensions internationales, « ce n’est pas le moment de changer de président de la République » et que l’institution présidentielle « doit être protégée et préservée ». Sa propre mission, concède-t-il, n’est « Pas complètement » réussie, mais il affirme avoir « tout essayé ».

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