Devant le corps diplomatique français, le chef de l’État, Emmanuel Macron, a dressé un constat lucide d’un ordre international en décomposition. Refusant tant la « vassalisation » que l’impuissance, il appelle à une accélération de l’agenda d’autonomie stratégique et à une réforme profonde de la gouvernance mondiale.
Un monde en perte de repères
Le ton est donné d’entrée : « Nous sommes dans un monde qui se dérègle ». Emmanuel Macron observe un affaiblissement des instances multilatérales face à la montée en puissance de la « loi du plus fort ». Le président pointe du doigt une triple menace : des États-Unis qui se détournent progressivement de certains alliés et des règles internationales, une Chine à l’agressivité commerciale désinhibée, et des puissances de déstabilisation comme la Russie en Ukraine.
Face à ce qu’il qualifie d’« international réactionnaire », le chef de l’État refuse deux pièges pour la France et l’Europe : la « vassalisation heureuse » derrière une grande puissance ou le repli vers une « puissance morale impuissante » qui se contenterait de commenter le monde sans l’influencer.
L’Europe comme levier de puissance
Pour contrer ce risque d’effacement, la stratégie repose sur un renforcement de la logique de puissance européenne. Cela passe d’abord par la consolidation de l’Europe de la défense, passée selon lui du statut de « mot interdit » à une réalité actée depuis 2022. Le président insiste sur la nécessité de « penser en européen » en matière d’industrie de défense pour réduire les dépendances, notamment vis-à-vis des Américains.
Sur le plan économique, Emmanuel Macron prône une « petite révolution conceptuelle » : la protection sans le protectionnisme. Il appelle à l’accélération d’une préférence européenne et de mécanismes de sauvegarde face à une concurrence déloyale, avertissant que sans une action rapide, la désindustrialisation européenne sera « massive ».
De nouveaux partenariats stratégiques
La diplomatie française mise également sur une diversification de ses alliances :
• Ukraine : La création de la « coalition des volontaires » à Paris est présentée comme une révolution de la culture stratégique européenne pour soutenir Kiev sur le long terme.
• Indo-Pacifique : Une « troisième voie » respectueuse des souverainetés, refusant la confrontation directe entre blocs.
• Afrique : Le président revendique un changement de logiciel complet, passant d’un prisme militaire à un partenariat d’égal à égal centré sur l’entrepreneuriat, la jeunesse et les diasporas. Il a néanmoins déploré le désinvestissement économique de certains grands groupes français sur le continent, appelant à un sursaut des PME et start-ups.
Le G7 d’Évian : un pont entre les blocs
Un rendez-vous majeur se profile : le sommet du G7 à Évian en juin prochain. Emmanuel Macron souhaite en faire un instrument pour éviter la « fragmentation du monde ». Son ambition est de bâtir des passerelles entre le G7 et les pays des BRICS (emmenés notamment par l’Inde) afin d’éviter que ces clubs ne deviennent des blocs antagonistes.
Enfin, il a exhorté ses ambassadeurs à ne pas céder au « défétisme » ni à la « mode du commentaire ». Pour le chef de l’État, la France doit être l’acteur d’une réforme de la gouvernance mondiale, notamment à l’ONU, au moment même où les principaux actionnaires semblent s’en détourner. « Nous ne sommes pas là pour nous lamenter sur l’état du monde […] nous sommes là pour agir ».
Pour mieux comprendre cette vision diplomatique, on pourrait comparer la France à un capitaine de navire dans une tempête parfaite : plutôt que de se laisser remorquer par un plus gros vaisseau (vassalisation) ou de simplement décrire la hauteur des vagues depuis le pont (impuissance), elle tente de réparer le gouvernail (multilatéralisme) et de convaincre les autres navires de maintenir une formation commune pour éviter le naufrage collectif.
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