
Nordine Nabili
04/07/26
Ahmed Reda Tagnaouti, doublure de Yacine Bounou chez les Lions de l’Atlas, a choisi de répondre à la presse dans sa langue maternelle. Interrogé par un journaliste français visiblement surpris, il lui lance simplement : « Parce que je suis marocain. » À charge pour les reporters de traduire ses propos. Après tout, personne n’exige de Messi, Ronaldo, Kane ou Modrić qu’ils s’expriment en français.
En agissant ainsi, le gardien des FAR pose un acte d’autorité discret mais puissant : il impose les termes de la conversation. Il rappelle que la langue maternelle n’est pas un simple outil de communication, mais le socle de l’identité et le vecteur des émotions les plus profondes. Ce sont les premiers mots prononcés par une mère essoufflée après l’accouchement, la prière murmurée par une grand-mère, le cri instinctif de la faim chez l’enfant. Plus tard, c’est la langue dans laquelle le poète écrit ses vers, l’intellectuel construit sa pensée, les amoureux échangent leurs confidences, et les parents transmettent leur histoire.
On peut tout perdre dans une vie. On peut tout vous prendre. Mais personne ne peut vous arracher les mots de votre mère. Ils restent gravés dans les os, capables de traverser toutes les épreuves.
Tagnaouti ne parle pas par nostalgie ni par un nationalisme exacerbé. Il corrige simplement une situation. Il s’exprime sans complexe, avec fluidité et précision, là où d’autres bégayent dans une langue qui n’est pas la leur. Il avance son propos avec naturel, enraciné dans sa culture, sans chercher à plaire ni à se justifier. C’est précisément ce qui donne à son intervention sa force.
Car au-delà de l’anecdote, Tagnaouti rappelle une vérité plus large : parler sa langue maternelle, c’est refuser l’uniformisation du monde. C’est résister à cette injonction implicite qui pousse chacun à parler, penser et consommer de la même manière. La langue est souvent la première cible du colonisateur, bien avant les terres et les corps. Elle est la sève de l’identité. La perdre, c’est accepter de jouer selon les règles et avec les mots de l’autre.
En choisissant sa langue face aux caméras, Tagnaouti envoie un message clair : on peut exister sans se renier. On peut s’adresser au monde sans trahir d’où l’on vient. Comme l’écrivait Victor Hugo : « N’imitez rien ni personne. Un lion qui copie un lion devient un singe. »
Tbark’Allah 3lik, Ssi Ahmed Reda.

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