Les pathologies du like !

Nordine Nabili
14/05/26 (Rabat)

Ma grand-mère m’a dit un jour « raht el bel » est la chose la plus importante dans la vie.

Ce « repos de l’esprit » était pour elle la marque de la bonté et de la sagesse d’une personne. C’est un statut difficile d’accès, exigeant une rigueur intellectuelle, une éthique morale et le respect de la parole des autres.

Aujourd’hui, l’économie de l’attention chamboule nos rapports sociaux. C’est un modèle économique où l’attention humaine est traitée comme une ressource rare. Nous vivons à travers des écrans dans un espace de frénésie nerveuse et de mise en scène permanentes où chacun veille à son image de marque.

« Lorsque c’est gratuit, c’est toi le produit » tel est le mantra de la Silicon Vallée. Nous appelons cela la plateformisation de l’espace public.

La nuance n’a plus sa place dans cet enclos psychologique puisque la polarisation en est le carburant. Nous ne cherchons plus à nous informer mais plutôt à conforter notre opinion, à nous brosser dans le sens du poil. Nous refusons intrinsèquement la remise en cause de nos convictions.

Les chercheurs appellent cette posture « le biais de confirmation ». Toute information contraire à nos croyances est réduite à néant. Notre opinion devient une vérité à imposer aux autres, alors que celle-ci est fondée uniquement sur notre propre expérience, nos croyances singulières et nos habitudes culturelles.

Nos pratiques sur les réseaux sociaux nous enferment dans des bulles où l’exhibition des corps sous toutes les coutures cohabite avec l’indignation factice. Notre identité numérique devient un monde à soi qu’il faut défendre face à l’hostilité extérieure.

Ce comportement infuse nos rapports sociaux dans la vie « réelle ». Dans ces conditions, débattre avec quelqu’un, -qui est le contraire de se battre-, demande un effort intellectuel important.

On ne débat plus pour comprendre, faire évoluer son jugement et pourquoi pas en changer, nous débattons uniquement pour réagir et « vendre » notre point de vue. Nous sommes enfermés dans notre propre vision, incapables de considérer une autre perspective.

Il y a une différence entre une discussion saine et un débat inutile. Une conversation avec quelqu’un d’ouvert d’esprit peut être enrichissante même si des désaccords existent. Mais essayer de raisonner avec quelqu’un qui refuse de voir au-delà de ses croyances, c’est peine perdue.

Peu importe les arguments exposés, les faits, la solidité scientifique, cette personne va déformer, détourner ou rejeter les arguments non pas parce qu’ils sont fragiles, mais parce qu’elle refuse de voir une autre réalité.

La maturité ne consiste pas à gagner un débat, mais plutôt de savoir s’en extraire. Parfois, la chose la plus utile est de s’éloigner non pas par crainte de la confrontation mais parce que certaines personnes ne sont tout simplement pas prêtes à écouter.

Au final, Françoise Sagan résumait bien le « raht el bel » de ma grand-mère : « L’équilibre pour moi, c’est se retrouver dans son lit, le soir, sans épouvante et le matin sans découragement. Une espèce d’accord entre ce qu’on pense de soi et sa vie… »

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